La Tour Duguesclin

La Tour Duguesclin de Grand-Fougeray est l'un des plus beaux et des mieux conservés des donjons circulaires de l'ouest de la France, mis en valeur par sa situation dans un site exceptionnel.

Historique

Il faisait partie, tout en étant extérieur à celui-ci, d’un ensemble de fortifications, aujourd’hui à peu près disparues, couvrant un demi hectare. Elles furent érigées, à partir de 1202, par Nicolas Le Bœuf et ses successeurs sur un emplacement où était déjà implantée une motte féodale datant du 10ème siècle. Louis Le Débonnaire, en 1123, l’avait déclaré fief du Comté Nantais. Avec les châteaux de Fougères, de Vitré et de Châteaubriant, entre autres, il avait vocation à défendre les Marches du duché de Bretagne.

Ce donjon, selon l’historien Mussat, a été construit au début du règne du duc Jean V de Bretagne (1364-1399) par Jean II de Rieux et son épouse Jeanne de Rochefort qui authentifièrent leur œuvre par leurs blasons, martelés à la révolution, insérés dans des cadres ouvragés situés sur le côté ouest de la tour, au niveau du troisième étage.

Ce serait donc la forteresse arasée depuis et aujourd’hui disparue qui, en 1356, pendant la guerre de Cent Ans, aurait été le lieu d’un exploit de Duguesclin. Avec quelques compagnons, tous déguisés en bûcherons, il reprit la place forte occupée par un parti anglais de 200 hommes commandés par Bembro. C’est un des épisodes de la guerre de succession de Bretagne : les anglais assistaient Jean de Montfort, demi frère du défunt Jean III alors que Duguesclin travaillait pour la parti français de Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III.

Descriptif du monument

Tour Duguesclin 2Cette tour, à sept niveaux, de 13 mètres de diamètre et d’un peu plus de 30 mètres de hauteur sous chemin de ronde et mâchicoulis, était entourée de larges fossés comme nous le dit l’Aveu de 1644.

La salle qui surmontait le chemin de ronde ainsi que l’échauguette qui dominait le tout ont été en partie démantelées en 1598 au moment de l’Edit de Nantes. Il faut dire que le château avait été une place forte protestante, son propriétaire, François de Chapelle de la Rochegiffard ayant embrassé la religion réformée.

À la suite de cela, furent érigées la magnifique charpente à roue et la toiture qui coiffent l’ensemble. Cette grande pièce terminale était occupée par un important pigeonnier dont il reste de nombreuses traces. Il serait le plus vieux pigeonnier de Bretagne installé dans un bâtiment occupé par l’homme.

L’épaisseur des murs a permis d’y aménager, à chacun des quatre premiers étages, de petites salles secondaires munies de cheminées, ainsi que des latrines. Deux escaliers à vis y sont également inclus. L’un, au nord, part du rez-de-chaussée et desservait toutes les pièces principales avant d’atteindre l’échauguette sommitale. L’autre, au sud, commence au premier pour atteindre le chemin de ronde tout en donnant accès à chaque étage.

Trois ponts-levis permettaient les communications avec l’extérieur. Celui du rez-de-chaussée, à deux flèches, protégeait l’entrée principale. Ceux du troisième étage, piétonniers à une flèche, l’un, au nord, servant également de monte charges, l’autre, à l’ouest, permettaient aux défenseurs l’accès aux courtines du reste de la forteresse ou le repli éventuel.

Évolution du monument

La Tour a subi, depuis la guerre de Cent Ans jusqu’au 15ème siècle, de nombreux aménagements, d’influences Renaissances, pour améliorer le confort des occupants surtout au premier et deuxième étage à usage résidentiel. Le troisième servait de casernement pour les hommes d’armes et leur capitaine qui se réservait une petite pièce dans l’épaisseur des murs. Le quatrième était à usage de cuisine avec un four inclus dans une vaste cheminée.

Parmi les propriétaires successifs, après les Le Bœuf, il faut noter les Rieux; puis les d’Amboise, dont une fille, Françoise, fut duchesse de Bretagne et par la suite déclarée Bienheureuse ; les de Laval, les Chapelle de la Rochegiffard, par achat, l’un d’entre eux, vit la seigneurie l’élévation de la seigneurie de Fougeray au rang de marquisat pour services rendus. Ensuite vint la marquise de Créqui, le duc d’Elboeuf. Enfin Loquet de Grandville, armateur malouin, Secrétaire du Roi, qui planta le parc actuel, construisit le manoir moderne à l’ouest de notre tour avec les matériaux récupérés des anciennes fortifications et combla les fossés. Leurs fils fut guillotiné à Paris en 1792.

Classée monument historique en 1913, la tour appartient maintenant à la commune de Grand-Fougeray.

Exploitation actuelle de la Tour

La Tour Duguesclin est ouverte au public tous les weekends d’été gratuitement. Elle accueille chaque année pendant les mois de juillet et d’aout des expositions de peinture dans le cadre des « Arts de la Tour ».

Le parc qui entoure la Tour et son arboretum sont un cadre idéal pour des ballades tout au long de l’année.

Une fête médiévale est organisée tous les 2 ans pour mettre en valeur ce lieu chargé d’histoire.

Informations historiques issues des travaux de Jacques BLAIN